Le choix de murs en pisé

07052012236

Pourquoi faire les murs en terre compactée (pisé)? Un voisin m’a dit qu’à ma place il construirait les murs en parpaings (blocs de béton). Ainsi le travail serait fini en quelques jours… Il a raison. Pourtant, il habite une maison bâtie par son père en adobe (briques de terre crue séchées au soleil).

Sur le coup, je ne savais pas trop quoi répondre. J’ai balbutié un commentaire sur le fait qu’il y avait déjà beaucoup de béton dans le monde et que j’avais envie de faire une maison expérimentale.

Il y a tellement de raisons de vouloir bâtir en terre, particulièrement pour ceux qui ont le temps (et la terre) pour le faire eux-mêmes. Les professionnels de constructions en terre sont rares (bien qu’il y  ait Christian Baur, pas trop loin de chez nous), et il faut se renseigner où on peut. Ceci dit, il y a en France une longue tradition de recherche sur le sujet, surtout au laboratoire CRAterre à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble. Plus proche de nous, il y a le Centre de Terre de Joseph Colzani  à Lavalette en Haute Garonne, dont j’ai apprécié les conseils au début de ce projet.

Voici quelques avantages de la construction en terre:

  •  C’est gratuit
  •  Pas de transport (si la terre du terrain est convenable pour faire les murs)
  •  Peu de technologie pour la mise en œuvre
  •  Pas besoin d’enduire ou de plâtrer les murs finis
  •  Excellente isolation acoustique
  •  Excellentes qualités hygrométriques
  •  Excellentes qualités d’inertie thermique
  •  Si je peux croire le Rammed Earth Manual de Michael Thompson, en utilisant la terre à la place des briques pour 150 m2 de construction, j’épargne à l’atmosphère l’équivalent de 120 000 kms en voiture.
  •  Pour une maison PAHS, la vitesse de conduction de la chaleur du pisé est forcément appropriée pour les capacités de transfert de chaleur entre la maison et le réservoir de terre réchauffée qui l’entoure.
  •  Si les murs en terre sont enterrés et protégé de l’humidité par le parapluie PAHS ils sont à l’abri du seul élément qui peut les endommager – l’eau, à condition toutefois que le terrain ne soit pas traversé par des mouvements d’eau souterrains et que la nappe phréatique ne soit pas proche.

Quelques inconvénients

  • Procédure très longue comparé à la construction en briques ou parpaings. Ce n’est pas spécialement le compactage de la terre qui est longue, mais la préparation de la terre et la mise en place des banches.
  • Impossible de travailler par temps humide.
  • Pendant la construction il faut protéger le travail en cours contre la pluie
  • Si vous laissez des trous dans votre toit vous aurez des trous à réparer dans vos murs.
Publicités

Conception de la maison

1-Construction Plans - Concrete framework19October2011

Les priorités étaient les suivantes:

  • – Faible coût de construction
  • – Matériaux de construction les moins polluants possibles
  • – Facilité d’auto-construction
  • – Maison consommant le moins d’énergie possible
  • – Taille confortable pour un couple à la retraite

Choix arrêtés:

  • Adoption du système Passive Annual Heat Storage
  • Implantation semi-enterrée
  • Alignement Est-Ouest, avec partie exposée face au sud
  • Murs en pisé
  • Ossature en béton armé (poteaux et deux ceintures périphériques)
  • Sol en terre compactée, finition carrelage
  • Toit léger non-isolé, habillé de panneaux en fibro-ciment recouvert de tuiles anciennes
  • Couche d’isolation de 40cm niveau plafond
  • Panneaux photovoltaïques
  • Panneaux eau chaude solaire
  • Récupération d’eau de pluie par le toit
  • Phytosanitation
  • Incorporation d’un garde-manger refroidi naturellement en hiver
  • Toilettes sèches

Structure provisoire_19October2011

Cette ossature en béton armé résistera à la poussée de la terre, surtout sur le nord et l’est.

-Final floorplan

L’ouverture totale du mur de fond sur l’espace de vie est un élément important permettant le transfert de la chaleur de l’été vers le réservoir de stockage souterrain, par très lente conduction à travers les murs et le sol. La chaleur se déplace toujours vers le froid, d’environ un mètre par mois. Pour cette raison, et pour permettre le retour de la chaleur en hiver, les murs enterrés et le sol ne sont pas isolés.

Plan de masse pour permis

Plan de masse pour permis de construire…

C’est quoi, une « Maison PAHS »?

PAHS signifie Passive Annual Heat Storage, un procédé inventé par John Hait aux Etats-Unis dans les ’80 en période de « choc pétrolier ». Le principe est simple : ne pas isoler votre maison (à l’exception de la partie non-enterrée), mais l’entourer d’une grosse boule de terre à 20°C, été comme hiver. Résultat : pas besoin de chauffage ni de climatisation, car la boule donne et reprend les calories par conduction au fur et à mesure que la température dans la maison s’écarte de 20°.

Comment garder la boule à température constante ? Avec un parapluie isolant et étanche, enterré à environ 70cm, et de 6 m de large tout autour de la maison. Le parapluie peut être fabriqué de plusieurs couches de polyéthylène agricole noir alternant avec plusieurs couches de polystyrène expansé.

Image illustrant la théorie de Hait

Dessin montrant les principes du Geodome construit par Hait dans le climat froid du Montana. La temperature s’est maintenu entre 18,8C et 23,3C toute l’année sans chauffage

Pourquoi la température de la boule est-elle de 20°C ? Parce que, en été, l’air chaud rentrant dans la maison est absorbé à travers les murs et le plancher. La chaleur va toujours vers le froid, et dans la terre sa vitesse est d’environ un mètre par mois. En six mois la boule est réchauffée, tout en maintenant la maison à une température constante et agréable.

En hiver, le mouvement est inversé. La terre chaude restitue ses calories dès que la maison rafraichit, toujours selon la règle chaud/froid.

Hait a basé ses théories sur des études universitaires. Il a construit une maison qui a fonctionné comme prévu. Il a publié un livre, dont vous pouvez obtenir le premier chapitre gratuitement ici.